Cirrus

Technique mixte sur toile, 90 × 70 cm, 2025

Sculpter les nuages

Les rêves s’étendent
entre les volutes des nuages.
Parfois, on croirait les voir,
timidement dépasser
au milieu des arabesques d’eau.

Technique mixte sur toile, 81 × 65 cm, 2026

La métempsychose ubiquitaire I

Le matin, l’âme glisse sur les rêves endormis,
sur les rêves éveillés, sur la tendre musique
de la lumière, de l’obscurité et de la réalité,
en alternant doucement entre le meilleur
de chacun de ces mondes.
Elle se purifie dans les airs supérieurs,
sillonne les origines reculées des mers,
travaille la poésie du monde.
Comme une enfant, en voulant imiter ma vie,
elle explique le silence aux fleurs.
À peine revenu, elle me raconte, excitée, quelques poèmes
sur ce qu’elle a découvert. Alors je me réincarne,
comme si j’étais le fantasme de mes rêves,
comme si les rêves fantasmaient mes bonheurs et mes souffrances,
comme s’ils admiraient la volonté d’action qu’ils ne possèdent pas,
comme s’ils admiraient en la vie leur origine.

Technique mixte sur toile, 90 × 60 cm, 2026

La métempsychose ubiquitaire II

Si nous sortons du sommeil en regardant
le soleil, le ciel et les nuages,
si notre conscience reste dans un état enseveli,
pendant ce que nous ressentons comme une décennie,
nous pouvons, à notre tour,
devenir par imitation instinctive
un soleil, un ciel, un nuage
qui avance doucereusement sur terre.
C’est ce moment où notre âme se réincarne
en une beauté qui vibre
et qui traverse chaque espace
que cache ce monde.

Technique mixte sur toile, 70 × 50 cm, 2025

Flowers will grow

On the first desk that was truly mine,
On the views I swore I’d remember forever,
On letters from my mother’s journey,
On the love that end,
flowers will grow.

On the box where I place the birthday cards,
On the films I’ll never manage to watch,
On cups of unfinished tea,
On the ache that never fades,
flowers will grow.

On concert ticket and, leaflets from exhibitions,
On sugar packets and old journals,
On photographs of my grandmother’s childhood,
On the words spoken once, then for eternity,
flowers will grow.

On the books whose pages have fused with plants,
On words that deeply moved me and that i forgot,
On the grass I lied on,
On the grass I will lie under.
On all of this, flowers will grow.

Technique mixte sur papier, 29 × 20 cm, 2024

Le désir de l’enfant

Toutes nos actions petites ou grandes
se perdent dans l’immensité du temps.
Il est déconcertant de se rappeler
que ce moment présent va être oublié et disparaître,
comme s’il n’avait jamais existé,
comme s’il n’avait jamais eu lieu,
comme s’il était insignifiant.
Que ce moment, si présent, si prenant, presque pesant,
que ce moment qui est notre seule relation à la vie,
qui nous définit, par lequel nous existons, ce moment où j’écris,
Je ne veux pas laisser filer les étoiles.
Je veux absorber toute la beauté du monde.
Le connaître dans son entièreté.
Je veux être intelligent, adroit, respecté,
avoir du succès, faire le bien autour de moi,
avoir une vie remplie, aimer et être aimé.
Je veux être quelqu’un de charismatique,
que l’on regarde, qui est toujours à l’aise,
qui sait quoi dire, qui sait séduire,
qui n’a pas de problèmes, qui sait tout.
Je veux être un héros et sauver le monde,
le rendre meilleur, plus harmonieux et juste.
Je veux être mieux que la plupart des autres.
Je veux être ce que je vois de mieux.

Technique mixte sur papier, 29 ×20 cm, 2025

Les architectures primitives

En étant, on distingue et reconnaît
les invisibles architectures primitives,
qui, dans cet ordre, successivement,
relient l’être, l’âme, l’esprit, la conscience,
le corps et ses relations avec l’extérieur.
On admire leurs superpositions, leurs espaces,
leurs structures, leurs lumières, leurs éclats,
et leur existence dans le temps.
Au sein des nuées de pensées,
de sentiments et de beautés,
on perçoit l’image de l’esprit commun à tous les Hommes.
On discerne l’esprit qui les traverse sans qu’ils ne le perçoivent.
On discerne les fondements de l’être.
Trop subtils, il est nécessaire de les signaler
à ceux qui ne les ressentent ni ne les entendent.
On peut ainsi en partager les richesses,
émerveillements et transcendances,
pour que cette beauté s’enlace
dans le cœur commun de l’humanité.

Technique mixte sur toile, 90 × 60 cm, 2026

L’existant est l’empreinte du vide

I Parfois, notre esprit atteint la frontière
de ce qui ne naît ni ne meurt.
Il se penche et colle ses yeux à la paroi
qui sépare ces deux mondes
pour essayer d’y distinguer
ce qui ne change jamais.
Il essaie de découvrir ce qui nous cerne.
Peut-être que le sommeil
est le moment où il arrive à traverser cette paroi,
et où l’esprit est dans l’étendue du néant.
Peut-être que la mort est faite du silence du néant.
II Le néant est le lieu où les mondes
trouvent leurs origines
et se rejoignent par leurs profondeurs.
Nous pouvons remonter nos mondes,
comme le long des éclairs.

Technique mixte sur papier, 29 × 20 cm, 2024

L’origine de l’orage

Il y a certainement six mille ans,
un garçon et une fille se sont rencontrés près d’un lac.
Ils se sont parlé, ont marché, se sont plu,
se sont assis sur les berges, les pieds dans l’eau
et ont réussi à arrêter le temps et à dépasser le point éclair.
Leur amour a imprégné la terre, l’eau,
les feuilles des arbres, l’espace qui les entouraient.
Surtout, les battements de leurs cœurs
ont imprégné les nuages, sont devenus des orages
qui se sont envolés autour du monde
et qui témoignent encore par leurs lueurs
de l’immensité de leur amour.
Depuis,
c’est comme cela
que l’on s’aime
pour la première fois.

Technique mixte sur toile, 90 × 70 cm, 2025

La potence du temps

Toutes nos actions petites ou grandes
se perdent dans l’immensité du temps.
Il est déconcertant de se rappeler
que ce moment présent va être oublié et disparaître,
comme s’il n’avait jamais existé,
comme s’il n’avait jamais eu lieu,
comme s’il était insignifiant.
Que ce moment, si présent, si prenant, presque pesant,
que ce moment qui est notre seule relation à la vie,
qui nous définit, par lequel nous existons, ce moment où j’écris,
ce moment où vous me lisez, ce moment si important
va disparaître dans le néant de l’étendue du temps,
comme si je n’avais jamais existé,
comme si nous n’avions jamais existé.
Il disparaîtra comme il est apparu, sans aucun bruit.

Il faut perdre le temps pour qu’il puisse fleurir au fond d’une forêt.

Technique mixte sur toile, 70 × 50 cm, 2025

Maître du Louvre

Il était gardien de nuit au Louvre. Chaque soir,
il montait avec sa lyre dans les plus belles salles
– la bleue est sa salle préférée – et jouait.
Il savait qu’il exprimait les plus beaux airs du monde,
dans le plus bel endroit du monde,
entouré des plus belles œuvres du monde
et pour les plus belles œuvres du monde.
Toutes les nuits étaient les plus belles nuits du monde.
Puis, il allait s’assoupir
dans le doux marbre des bras lisses
des statues aux antiquités grecques.
Il quittait ses rêves à l’aube,
entouré des éclats des diamants de la Galerie d’Apollon,
ôtait son uniforme et partait se promener
au bord du plus beau fleuve du monde
ou le long de la plus belle avenue du monde,
pour voir la plus belle ville du monde
du haut de l’Arc de Triomphe.
Là-haut, il accorde sa lyre aux couleurs de l’aurore
et joue un hymne à la disparition des étoiles,
le dernier hymne de sa nuit.
La beauté du monde compense la solitude.
Il rentre chez lui continuer ses rêves antiques.
Sur le chemin du retour, il croise des Hommes
qui, comme lui, marchent dans la rue.